LE PROCÈS

L’impossible procès

 

EN Guadeloupe 1967, il ne fait pas bon vivre ! C’est le chômage, la misère, l’habitat insalubre, l’exploitation des richesses au profit d’un petit nombre. Les fraudes électorales se multiplient. Et les 26 et 27 mai, pour des travailleurs qui réclament 2% d’augmentation, leurs jours de grève vont s’achever dans un bain de sang.

Il s’est trouvé des hommes pour dénoncer cette situation, avec toute la force de conviction qu’ils pouvaient avoir : ils sont dix-huit Guadeloupéens. Ce sont ceux-là même qui sont traduits devant les tribunaux pour un crime qu’ils n’ont pas commis, sinon celui de dénoncer un système colonial accablant à travers ce procès historique. Les témoins qui viennent les soutenir à la barre ne s’y sont pas trompés.

Après huit mois de détention, d’abord à Fresnes, puis à Paris, rue de la santé ; après huit mois de procédure judiciaire ayant abouti à plus de 70 arrestations, tant en Guadeloupe qu’en France hexagonale, l’affaire est enfin jugée.

Du lundi 19 février au vendredi 1er mars 1968, devant la dix-septième Chambre Correctionnelle des Tribunaux de Paris.

 

 

UN MASSACRE RECONNU – ET UN MYSTÈRE QUI DEMEURE

 

Huit morts officiellement identifiés et des centaines de blessés

En novembre 2016, Benjamin Stora remet son rapport à la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts. L’historien président de la commission d’information et de recherches historiques qualifie les évènements survenus en Guadeloupe de massacre de mai 1967.

L’historienne Michèle Zancarini-Fournel qui a concentré ses recherches sur ce drame confirme dans ce rapport qu’il y a pour le moment huit morts identifiés nommément. Elle sait qu’il y en a davantage. Mais il reste encore beaucoup à faire pour poursuivre ces travaux. Des Guadeloupéens ont été enterrés clandestinement par peur de représailles. La commission n’a pas eu le temps de mener d’enquête auprès des registres paroissiaux. Un ministre de l’époque Georges Lemoine avait parlé de 87 morts. Un chiffre qui circulait dit-elle dans l’interview qu’elle accorde à France-Antilles le quotidien de la Guadeloupe, dans son édition du 23 novembre 2016 « …mais il a certainement du entendre 47 et qu’il a dit 87. Son chef de cabinet nous a dit que c’était une conversation privée et jamais une conversation publique… ».